Hangar 107

Olivier Kosta – Théfaine

Olivier Kosta – Théfaine

Banlieue ouest. Et ce, depuis que je suis gamin. En 30 ans j’ai eu le temps d’observer mon quartier, ses codes et ses changements.

 

« Hey, where do you come from? »
« I’m a Sartrouvillois, baby! »

 

Je ne suis pas un parisien, je suis un banlieusard, et je porte cette étiquette comme on porte une particule.
Je suis un pur produit de la banlieue. Je suis né sur une terre exotique aux limites de Paris, au-delà du périf’.
Ma BM s’appelle RER A, bus 272 ou n°9, au choix. Entre campagne et béton, dépaysement assuré.
Je viens d’un pays où la mixité est reine, comme un samedi après-midi à Châtelet : du bling bling et de la couleur, de toutes les couleurs.

 

Rien de triste dans les banlieues, les ghettos portent des noms de fleurs et le samedi soir, on brûle les voitures à la manière d’une fête de quartier.

Exposition

Du 14 mai au 30 août 2020

Le hangar 107
107, allée François Mitterrand, 76100 Rouen tel. : 06 17 76 85 43
Site : www.hangar107.fr

Horaires :
Mercredi, jeudi et vendredi de 14h à 18h
Samedi et dimanche de 11h à 19h

Entrée libre
accès à pied, en vélo ou en transports en commun (ligne 34 arrêt Hangars)

Informations : contact@hangar107.frwww.hangar107.fr

Observer les cités c’est être sensible au verre brisé des abris de bus qui jonchent l’asphalte comme des milliers de petits diamants coupants, alors que le fil de fer barbelé qui protège l’entrepôt de La Poste se transforme en centaines d’étoiles que font scintiller les néons des lampadaires alentour. Indéniablement, la banlieue c’est de la poésie, de l’art brut : du « fuck », du « nik » et du « tamer », qui se déclinents au marqueur sur les murs ou sur les sièges de bus. La fantaisie, quant à elle, est dans les « looks », ceux de la nouvelle génération ont mixé les styles : coupe de cheveux à la Griesmann, jeans de marque italienne et baskets rétros aux pieds, le style est aussi sur les bras encrés des plus vieux, tatouages oldschool exécutés à l’aiguille et à l’encre de Chine, et chaussettes de sport sous un pantalon de flanelle.

 

Je viens d’un endroit où les mecs squattent les halls, tiennent la cité. Des ateliers déco dans les cages d’escaliers s’organisent : la flamme d’un briquet sert à s’exprimer en vers sur les plafonds ou à customiser les containers dans le local poubelles, à voir. Ma ville incite au rêve : elle est « first prize » : ville fleurie trois étoiles, et la grosse cité du coin s’appelle Les Indes, pas vraiment une carte postale des vacances : pas de maharadiah ou de palais des mille et une nuits…

 

Un manège à chevaux s’est installé non loin de l’ancienne ferme, près de la voie de chemin de fer. Mais pour un ultime rodéo, un pavé dans un carreau et savoir faire les fils feront l’affaire. Mon bâtiment c’est ma fierté, je suis un vrai supporter de ma Villa Daumier : mon béton c’est ma vie, et même si les liens que j’entretiens avec lui sont ambigus, je l’aime, je la revendique et je le défends.

 

Ma tour c’est aussi une Nike Town : être impeccable, en toute occasion de la tête au pieds, du sportswear à tous les étages, du sigle et du swooch. Le grand centre commercial du Plateau vend du rêve bon marché : s’y promener ne coûte pas un kopek, et donne l’illusion d’échapper au quotidien.

 

Le spectacle ultime : observer ce qui fait envie : un rêve éveillé qui ne ruine pas.
Et puis, des jardins ouvriers installés aux pieds des immeubles permettent de s’accorder de longs dimanches bucoliques et ensoleillés à la campagne.
Rien de triste dans les banlieues, juste un paquet de clichés, et peut-être aussi un sentiment d’abandon pour ceux qui habitent de l’autre côté du périphérique.