Hangar 107

Mirko Reisser – 30th anniversary

Mirko Reisser – 30th anniversary

Après Tania Mouraud, Tilt et Craig Costello, Mirko Reisser, alias DAIM, vient clore au Hangar 107 un cycle de trois expositions dédiées à l’écriture, matrice du graffiti. J’avais imaginé ce cycle comme une sorte de manifeste : pour moi, explorer la relation des artistes à la lettre était une manière de s’orienter dans le paysage très composite, et souvent nébuleux, de cet obscur objet nommé à tort Street Art. La confusion régnante, je voulais rappeler quelques fondamentaux et défendre des démarches exigeantes, loin des images de marque, des ascensions faciles et des impostures.

 

Les deux premières expositions du cycle jouaient délibérément l’écart : celle de Tania Mouraud, parce que l’artiste a investi la ville sur un autre mode que le graffiti, mais partage avec lui la volonté de prendre l’écriture à rebrousse-poil, d’en faire primer la portée esthétique et poétique sur la lisibilité. Celle de Tilt et Craig Costello, parce qu’ils ont tous deux pris leurs distances avec la lettre du mouvement, pour mieux rester fidèles à son esprit d’indépendance et d’aventure. Après cette double entreprise de déconstruction, il fallait au contraire revenir à l’écriture et montrer qu’elle reste, envers et contre tout, l’Alpha et l’Oméga du graffiti.

Exposition

Du 5 juillet au 4 septembre 2019

Le hangar 107
107, allée François Mitterrand, 76100 Rouen tel. : 02 35 58 54 47
Site : www.hangar107.fr

Horaires :
Ouvert du mercredi au dimanche de 11h à 19h

Entrée libre
accès à pied, en vélo ou en transports en commun (ligne 34 arrêt Hangars)

Informations : contact@hangar107.frwww.hangar107.fr

DAIM s’est alors très vite imposé à moi comme une évidence : sa maîtrise du style 3D n’a pas seulement fait de lui un acteur incontournable de la scène graffiti dès les années 1990, et l’un de ses représentants les plus copiés d’Europe. Elle a aussi démontré à ma génération que nous n’étions pas condamnés à refaire inlassablement du Dondi ou du Futura, que nous pouvions au contraire tracer notre sillon propre, à distance des diktats made in USA. DAIM c’est, à l’adolescence, celui dont je débusquais impatiemment les dernières pépites dans Graff it ! ou Radikal, pour y voir confirmé qu’il plaçait toujours la barre plus haut et qu’il était capable de tout sauf d’une chose : me décevoir.

 

Depuis, certains graffeurs de sa génération se sont frayé une voie vers l’art contemporain en tâchant d’éviter l’écueil du graffiti sur toile. DAIM, lui, est resté DAIM, et son « coming out » en Mirko Reisser n’a pas fondamentalement transformé sa démarche. Ce qui pourrait passer pour une limite a plutôt conforté mon choix : le fait qu’il ne se dérobe pas à son passé de graffeur, sa résistance aux attendus de l’époque, aiguisent l’immense estime que je lui porte. DAIM, c’est un pur et dur, un tenace. Rien ne le fera dévier de sa ligne.

 

Je n’en suis que plus honoré d’avoir été choisi en retour par l’artiste, et qu’il ait accepté de célébrer au Hangar 107, loin de l’Allemagne où il a fait ses premiers pas, ses trente ans de carrière. Les œuvres qu’il présente à Rouen, dont une fresque monumentale, sont pour moi un cadeau inestimable : elles réveillent l’adolescent ébahi chez le promoteur obstiné du graffiti que DAIM m’a incité, sans même le savoir, à devenir…

 

Nicolas Couturieux

 
 

Mirko Reisser

Mirko Reisser DAIM portraitMirko Reisser, alias DAIM, naît en 1971 à Lunebourg en Allemagne, et grandit à Hambourg. En 1986, il découvre le hip-hop et commence à collectionner les disques de rap. Il s’initie au graffiti trois ans plus tard.

 

Tout en développant sur les murs le style 3D qui le rendra célèbre, il peint en 1991 ses premières toiles. En 1995, il marque l’histoire du graffiti en réalisant avec Darco, Loomit, Hesh, Vaine et Ohne un mur pignon de 30 mètres de haut à Hambourg. Intitulée Zeichen der Zeit (« signe des temps »), la fresque est à l’époque la plus haute du monde, ce qui lui vaut de figurer dans le Guinness World Records.

 

Un an plus tard, DAIM quitte l’Allemagne pour Lucerne, en Suisse, et y fréquente jusqu’en 1998 l’École des Beaux-arts. Il développe alors un travail d’atelier et s’initie à divers media et techniques, tels que la peinture à l’huile et la sculpture. Cette expérience conforte son désir de continuer à faire du graffiti, mais lui permet de prendre ses distances avec les dogmes du milieu.

 

Elle lui inspire aussi le désir de présenter une scène invisible à l’époque dans les institutions. De retour à Hambourg, il organise entre 2000 et 2002 une série d’expositions promises à un immense succès : Urban Discipline. Les trois éditions de l’événement défendent le graffiti comme un art digne d’être exposé dans les musées, et regroupent les œuvres d’artistes urbains reconnus et émergents, parmi lesquels Loomit, SatOne, Dare, André, Honet, La Mano, Martha Cooper, Os Gemeos ou Banksy. Chacune d’entre elles donne lieu à l’édition d’un catalogue, co-édité par DAIM.

 

Après cette aventure curatoriale, l’artiste se recentre sur son travail, en plein air comme dans l’atelier. Aux galeries, il préfère les institutions, où il présente aussi bien ses œuvres sur toile et plaques d’aluminium que ses réalisations in situ. Il continue aussi à défendre le mouvement hip-hop et à en faire connaître l’histoire. Il projette ainsi d’ouvrir prochainement aux chercheurs, historiens de l’art et journalistes les nombreuses archives qu’il collecte sur le sujet, et travaille à un ouvrage dédié au graffiti hambourgeois, Eine Stadt Wird Bunt, Hambourg Graffiti History 1980-1999, à paraître début 2020.

 

Stéphanie Lemoine