ARYZ - LA PUGNA au Temple Saint-Eloi

Lutte de Jacob avec l’ange

 

Au cœur d’une époque où les relations humaines se déshumanisent et se dématérialisent, il devient de plus en plus ardu d’identifier nos amis, et surtout nos ennemis. Le délitement dans la substance du rapport à autrui nous conduit d’ailleurs le plus souvent à considérer la figure même de Dieu comme celle d’un ennemi de l’Homme, tant il est désormais considéré comme une entrave à nos libertés et à la réalisation de nos désirs, toujours plus nombreux et fuyants. Ainsi, commence un combat où surgissent et se succèdent la résistance et la peur face à Dieu et à ses desseins.

Exposition

 

LA PUGNA – ARYZ

10 x 10 mètres

Du 11 au 22 septembre 2019

 

Temple Saint-Eloi
Place Martin Luther King 76000 Rouen

Le récit de Jacob, aussi mystérieux qu’exemplaire à bien des égards, nous permet notamment d’illustrer ce combat, qui peut aisément prendre des allures de corps-à-corps, que chacun d’entre nous peut être amené à livrer avec Dieu. Solitude, obscurité, identité et désirs inassouvis s’affrontent en nous et à travers nous, pour nous donner l’occasion de faire l’expérience singulière de Dieu dans notre esprit.

 

Jacob est seul lorsqu’il livre ce combat, car il avait fait passer avant tout ce qui comptait pour lui. Ce moment de solitude, combien même nous disposons d’appuis et soutiens dans notre entourage, nous l’expérimentons tous au cours de notre vie. C’est justement dans ce moment où nous nous trouvons face à Dieu ; ce moment précis où, en le confrontant, il nous permet de nous trouver. Cette lutte, personne n’est en mesure de la livrer à notre place, et en cette heure de vérité, c’est notre liberté qui est à la clé. C’est lorsque, comme Jacob, nous nous dépouillons de tout ce que nous avons, lorsque nous mettons notre âme et notre cœur à nu face à Dieu, que nous nous engageons dans ce douloureux et solitaire combat qui nous permet d’accéder à notre vérité.

 

Jacob lutte toute la nuit durant, et tout au long de notre vie nous connaissons ces moments où nous luttons dans les ténèbres. Parfois, notre vie même devient une nuit brumeuse et notre réaction primale est de nous révolter contre cette obscurité. Alors, notre raison s’acharne dans un combat illusoire pour retrouver le contrôle que nous procure la capacité de voir. Mais, ce n’est que lorsque nous baissons les armes et renonçons à l’illusion du pouvoir et du contrôle que nous laissons entrer la lumière de la foi ; celle-là même qui annonce l’aube d’une vie illuminée par la vérité de la foi.

 

Jacob cherche à connaître l’identité de celui qui l’assaille ainsi dans l’obscurité. Mais, en réalité, il est en quête de sa propre identité. Il demande à connaître le nom de son assaillant et ce dernier le met face à la vacuité d’une telle interrogation, car seule compte la connaissance de sa propre vérité, celle que Dieu nous donne en nous nommant comme l’un de ses enfants, en nous donnant notre dessein et notre force pour l’accomplir, tel qu’il l’a fait avec Jacob. En lui donnant un nouveau nom, il ne lui donne pas uniquement la rédemption, mais il le révèle à l’homme nouveau qu’il porte en lui-même.

 

S’il est vrai que par moments cette bataille devient tellement intense que nous pensons ne plus pouvoir la livrer, elle est avant tout le cheminement de toute une vie. Tant que nous sommes en vie, nous luttons pour nous élever vers la lumière qui nous révélera à nous-mêmes. Et nous nous devons d’affronter ces corps-à-corps tel que Jacob l’a fait, qu’ils s’appellent maladies ou accidents, pertes ou échecs ; s’en détourner revient à nous mentir à nous-mêmes et nous enchaîner aux ténèbres.

 

Jacob résiste, il ne tourne pas le dos au combat, à tel point que Dieu doit le déstabiliser pour le faire capituler. Ainsi, Dieu nous déstabilise, fait vaciller nos pseudo-certitudes les plus profondes, fait s’écrouler notre orgueil et notre illusion de puissance. C’est ainsi qu’il nous met face à nous-mêmes, à notre vérité. Le merveilleux paradoxe du récit de Jacob réside dans son issue. Il est dit en effet que Jacob sort vainqueur du combat contre Dieu, mais est-ce réellement le cas ? Jacob en sort vainqueur car il se laisse confronter à sa propre vérité par Dieu, il accepte de se laisser inonder d’une lumière nouvelle qui le sort de sa nuit d’errance et de solitude de l’âme, il accueille le cadeau de la liberté et de la force de Dieu en lui et pour lui. Et nous recevons tout autant, lorsque, volontairement, nous nous rendons pleinement à son amour.

 

Ayant compris alors le sens d’un tel combat, tout comme Jacob, nous entamons alors un cheminement fait de transformation par le pouvoir de la foi, enfin humbles et accompagnés par la douce et chaleureuse lumière de Son amour divin.

 

Texte : Adriana Morales Ferrer

 

 

Remerciements : James Lowe, Pasteur du Temple Saint-Eloi, et Etienne Banzet, Président de l’association des amis du Temple Saint-Eloi. Pascal et Fabien de Scorpions évènements. Xavier Carabasse et les équipes de Faç’Ouest. Le Père Laurent de l’Abbatiale Saint-Ouen pour son soutien.

Avec le soutien de